Lecture numérique : pourquoi les e-books tardent à s’imposer

Lecture numérique : pourquoi les e-books tardent à s’imposer.
Crédits : martin-dm
En France, la lecture d’e-books continue de progresser depuis plusieurs années. Mais cette évolution est plus lente que dans d’autres pays. Si les explications sont multiples, les attentes des consommateurs-lecteurs semblent constituer un des freins de taille.
Les données et les enseignements présentés dans cet article se basent
sur l’analyse des résultats de l’enquête réalisée en 2017 auprès de 2 000 Français
par IPSOS pour l’Observatoire E.Leclerc des Nouvelles Consommations.

Le e-book : une adoption en demi-teinte

Depuis le début des années 2010, les études se suivent et se ressemblent : la lecture numérique s’installe toujours plus dans le paysage culturel français, mais à un rythme plutôt lent. Le baromètre sur les usages du livre numérique publié en 2017 par le Syndicat national de l’édition (SNE), la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit (Sofia) et la Société des gens de lettres (SGL), offrent la même conclusion.

Évoquant « des habitudes qui se confirment », le rapport dénombre 21% de Français de plus de 15 ans ayant déjà lu un livre numérique, c’est-à-dire un texte lu sur un écran (liseuse, surtout, mais aussi ordinateur, tablette, ordinateur et même smartphone). Cette proportion a certes quadruplé en cinq ans mais elle n’en reste pas moins relativement basse. En effet, 72% des Français n’envisagent pas de se mettre à la lecture de livres numériques, ce qui laisse une marge de progression réduite. La fréquence d’achat demeure d’ailleurs faible, puisque seuls 19% de ces lecteurs achètent plus de quatre livres numériques par an.

En termes de vente, les professionnels de la filière édition réunis dans le SNE notent une augmentation annuelle de 30% du chiffre d’affaires de l’édition numérique dans leur rapport d’activité 2017. Toutefois, d’après la Federation of European Publishers, la part du livre numérique dans le marché du livre en France dans son ensemble reste très faible (3%), et bien moindre qu’au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, où elle dépasse les 10%. Certains médias comme Le Parisien voient dans la règlementation française, protectrice du livre papier, une explication à ce déploiement tout relatif du livre numérique. Les acteurs économiques de la filière tardent qui plus est à trouver leur modèle économique en la matière, analyse de son côté le média spécialisé Actualitté.

Les e-books séduisent avant tout les grands lecteurs                    

D’autres explications davantage liées aux comportements et attentes des consommateurs peuvent être avancées. Nouvelle manifestation de la célèbre « exception culturelle », les Français seraient-ils particulièrement attachés au livre en tant qu’objet physique ? Paul Gaudric, Gérard Mauger et Xavier Zunigo, dans leur enquête sur les grands lecteurs, montrent que ceux qui se mettent au numérique n’abandonnent pas pour autant le papier. Les trois auteurs constatent tout d’abord une « faible valeur symbolique du livre numérique », possible obstacle à son développement. Mais, observent-ils en même temps, certains grands lecteurs « entretiennent un rapport désacralisé avec l’objet livre » : ceux-ci ne seraient pas plus attachés que cela au contact physique avec l’objet-livre. Cela corrobore les données du baromètre SNE/Sofia/SGL, lesquelles montrent que les lecteurs de livre numérique « achètent et lisent autant [de livres papier] qu’avant ». « Les lecteurs de livres numériques restent de grands lecteurs avant tout », commente en effet le SNE en appui à son étude. Le profil-type du lecteur d’e-book ne se détermine pas par le sexe, l’origine géographique, la catégorie socio-professionnelle, mais surtout par le fait d’être un lecteur assidu : plus de 20% d’entre eux lisent en parallèle plus de vingt livres papier par an ! Ainsi, lire sur écran n’est pas un frein pour ceux qui lisent beaucoup.

La lecture sur papier : nécessaire pour ceux qui souhaitent se déconnecter

Pour une majorité des Français, la donne est différente et l’écran reste un support privilégié pour d’autres usages. Selon l’institut Médiamétrie, l’année 2017 marquait en effet « une convergence accrue des usages TV, internet et vidéo ». Malgré les 1h23 passées en moyenne chaque jour sur Internet, le temps passé devant la télévision, continue ainsi d’augmenter avec près de 25 minutes supplémentaires en 20 ans, pour atteindre désormais 3h42 quotidiennes !

75%
75% des Français veulent consacrer moins de temps à leur vie connectée.

On retrouve pourtant, dans les déclarations des Français, une envie marquée de « couper » avec les écrans : d’après l‘Observatoire E. Leclerc des Nouvelles Consommations, 75% d’entre eux disent en effet consacrer plus de temps à leur vraie vie et moins à leur vie connectée. Une part qui monte même à 84% dans la famille dite des Mécènes, fervent défenseurs d’une consommation plus raisonnée vis-à-vis des écrans. Contrairement aux supports numériques et audiovisuels, le livre est donc revendiqué comme un objet culturel « refuge » pour ceux qui souhaitent se déconnecter.

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Part de Français disant consacrer plus de temps à leur « vraie » vie et moins de temps à leur vie connectée.

L’arrivée de nouvelles offres, venues des « grands » acteurs du numérique ou de nouveaux « e-libraires », changera-t-elle la donne ?